« Les émotions du jeune enfant et de l’adulte : mieux les accueillir, les décrypter et les accompagner »

June 1, 2018

Conférences du 30 mai 2018 :

Eloïse Junnier : Immersion dans le cerveau affectif.

Bertrand Doret : Quand le corps exprime des émotions

 

résumé de la conférence rédigé par Gaëlle Guernalec Levy,

fondatrice et responsable éditoriale de GYNGER

 

Les émotions portées par le corps

L’après-midi, Bertrand Doret, masseur-kinésithérapeute spécialisé en petite enfance, montre la façon dont corps et émotions sont totalement intriqués et interagissent en permanence.

Il existe un lien évident entre ce qui se passe dans la sphère cognitive et dans le corps. Il cite A.Carton et F. Wimykamen, auteurs du livre « Les relations sociales chez l’enfant » : « L’émotion, au moyen des attitudes, postures, mimiques, est le premier moyen de communication de l’enfant. Elle lui permet d’agir sur autrui et c’est par son intermédiaire qu’autrui peut agir sur lui ».
L’enfant est un catalyseur d’émotions, poursuit-il, mais parfois la création du lien se révèle compliquée. L’émotion est un mouvement vers l’extérieur. C’est porté par le corps. Le corps se met en mouvement.
Quelle est la différence entre l’émotion, le sentiment et l’humeur ?
L’émotion est brève, elle se passe dans le corps, c’est un processus hormonal et cognitif.
Le sentiment dure, il est lié à un récit, à ce qu’on construit autour, à une histoire.
L’humeur est plus diffuse, plus globale, sans élément déclencheur.

Quelle est la différence entre la sensation, le ressenti et la perception ?
La sensation = on perçoit quelque chose avec les sens (c’est chaud, c’est froid, ça sent fort)
La perception = c’est chaud et c’est agréable, c’est subjectif, une expérience se met en place. On construit un vécu à partir de ces expériences variées
Le ressenti = comment on se sent à l’intérieur. Porter attention à la perception interne de son propre corps.
Petit récapitulatif des théoriciens. Darwin a catégorisé six émotions primaires (colère, joie, tristesse, surprise, dégoût, peur) et normalement c’est assez universel. L’émotion est fondamentale pour la survie de l’espèce. Wallon a parlé des réactions tonico-émotionnelles, Ajuriaguerra parle de dialogue tonico-émotionnel, Brazelton a posé que le bébé est une personne et rappelé ses « compétences », Damasio a évoqué l’erreur de Descartes (le fait de dissocier le corps et l’esprit), et Bullinger a développé l’approche sensori-motrice.
« Aujourd’hui on n’est pas si proche de nos émotions, déplore Bertrand Doret. Apprendre à nommer les émotions c’est compliqué, y compris pour les adultes. »

Le langage du corps

Il le rappelle : le langage c’est beaucoup du non verbal, du langage du corps. 93% des communications passent par le corps.
Dans le langage du corps il y a : le regard (dès les premières heures après la naissance), la prosodie  (tonalité, rythme), les phéromones, l’olfaction (un enfant reconnaît l’odeur de sa maman dès la naissance), la peau, le toucher (accompagner l’enfant vers son propre ressenti), l’espace, la gestion des distances, les geste, les mimiques faciales.
A travers son corps l’enfant construit un répertoire d’expériences.
Bertrand Doret projette une vidéo sur laquelle un enfant est très entravé dans sa motricité. Très peu d’émotions passent sur son visage et les interactions avec la maman sont pauvres.

Adultes et enfants, pas égaux face aux émotions

Il poursuit sur la place et les émotions de l’adulte en rappelant que selon Winnicott, « un bébé en lui même n’existe pas, il y a un bébé et quelqu’un avec lui ».
Qu’est-ce qu’un adulte ? Un individu « qui est arrivé au terme de sa croissance et de son plein développement, qui fait preuve d’équilibre et de pleine maturité » selon le Larousse, « tout être qui a à peu près atteint son complet développement » selon le CNRTL.
Chez l’adulte on trouve une maturité du cerveau, il a donc conscience de ses différents états émotionnels.
Il propose une neuro anatomie des émotions avec un triple système nerveux : le système nerveux central, sorte de poste de commandement, le système nerveux périphérique (les routes), le système nerveux autonome qui permet la régulation
Un comportement négatif, la peur, le stress génère le combat ou la fuite. Ce qui nous aide nous, adultes, c’est la conscience. On se rend compte qu’on est moins bien, on peut l’expliquer. Chez les enfants ce n’est pas si simple. Il faut accompagner les enfants sur le chemin de la conscience d’eux mêmes présence de la conscience de soi. Pour savoir si un enfant a accédé à la conscience de lui même on peut faire le test de la tâche. Pendant son sommeil, on dessine une petite tâche sur le front de l’enfant. Lorsqu’il se réveille, si, en se voyant dans un miroir, il efface la tache, alors cela signifie qu’il a accédé à cette conscience de lui-même.
Lorsqu’un individu est sous la pression de ses émotions, il fonce sur la cape rouge, comme le taureau. Ce sont les hormones qui dominent. Ce qui a du bon et du mauvais. Parfois il faut foncer.

Accompagner les émotions des parents

 

 

 

La position magique pour mieux dialoguer avec le bébé

Bertrand Doret rappelle que « le toucher est un organisateur de la vie psychique » d’après de Broca. Il propose un focus sur « La position magique » d’Isabelle Gambet, kinésithérapeute spécialiste des tout-petits, décédée très récemment. Le bébé est en crapaud, face à l’adulte qui a une main sous la tête de l’enfant pendant que son autre main replie les jambes sur le ventre du bébé. C’est la position foetale. On place l’enfant dans une position où on l’ancre dans la posture, il est plus libre de bouger. Soit il va fondre dans les mains, soit il va partir en extension, en opposition.
Cette position repose sur un enroulement du bassin, un maintien souple de la nuque. Le fait d’être les yeux dans les yeux, à la même hauteur, favorise la rencontre et le lien. C’est un moyen de communiquer.
En crèche, évidemment, le groupe rend ces approches plus compliquées. On peut faire des positions d’enroulement jusqu’à 5 ou 6 mois. Bertrand Doret précise la notion de « dialogue tonico émotionnel ». Le tonus exprime beaucoup de choses. Les émotions de l’enfant s’impriment dans son tonus. Il évoque les bienfaits de l’ocytocine, cette hormone du lien sécrétée quand l’enfant est dans une situation bienveillante et qui a des actions multiples sur la croissance, la digestion, la sociabilisation, la curiosité, la régulation du stress à court et moyen terme. Plus on en sécrète et plus c’est facile d’en sécréter…

Moins de pauvreté motrice et plus de bon sens

Bertrand Doret appelle à lutter contre la « pauvreté motrice » et insiste sur l’enroulement, le plat ventre (en phase d’éveil) et le quatre pattes. Ces trois stades et postures sont essentiels. Pour les enfants qui ont des difficultés il est important de les remettre en mouvement au niveau des ressentis.
Le spécialiste s’interroge : « Pourquoi les parents tiennent-ils à asseoir leur bébé si tôt ? » Un enfant qui reste assis plus de 2/3 min, en général, c’est qu’il n’arrive pas à en sortir.
Les enfants doivent passer par différentes étapes. La motricité libre, ce n’est pas forcément laisser les enfants sur le dos jusqu’à ce qu’ils sachent faire autre chose. La motivation est indispensable. Il faut stimuler l’enfant ! Un enfant qui apprend à bouger, à se déplacer, c’est la curiosité qui se met en place. La pauvreté motrice a également des conséquences plus ou moins lourdes : plagiocéphalie, têtes déformées. Il est déconseillé d’utiliser des matériels de puériculture préformés, de maintien, tout ce qui bloque. Bertrand Doret appelle aussi à « garder le bon sens et la bienveillance ».

 

 

 

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Acueillir-les-emotions-de-lenfant-en-mode-daccueil

 

 

 

 

 

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Bertrand Doret

masseur-kinésithérapeute orienté petite enfance

formateur indépendant

 

formationprobebe@gmail.com

www.formationprobebe.com

 

 

 

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